Ainsi aurait pu commencer l’histoire de la vie du bébé Joannes Mickaël Mann et j’aurais bien aimé vous en raconter la suite et les rebondissements ; malheureusement ma vision quelque peu déficiente et mon latin que je perds trop souvent quand il est confronté à celui du curé Kieffer ne m’ont permis qu’un déchiffrage très approximatif des deux textes qu’il nous a laissé.

- Le baptême de Joannes Mickaël MANN
- Le 23 avril 1755, registre de Gerstheim, 1682-1788 page 90.

- La protestation du père désigné
- Ce texte - non daté - est inséré entre deux actes de baptême consécutifs des 2 mai et 4 juin 1755 (registre de Gerstheim 1682-1788 page 91).
J’ai une pratique déjà ancienne et assidue des BMS, mais c’est là ma première rencontre avec une dénégation de paternité, d’où mon vif intérêt et mes cogitations que j’aimerais que nous partagions.
Mais auparavant, je me dois de vous faire part des résultats de mes recherches :
- 1) Joannes Mickaël Mann, le père désigné, est dit habitant de Hoënheim : il s’agit d’un village protestant situé à une quarantaine de kilomètres de Gerstheim ( lieu de l’accouchement) et à 3 kilomètres de Reichstett le village catholique où résidait la mère.
- 2) Quant à Gerstheim, c’est l’un des 4 villages mixtes de la région et les protestants y sont majoritaires à 70%.
- 3) Je n’ai trouvé aucun lien familial pour la mère Anna Maria Hünenberger à Gerstheim.
- 4) Je n’ai trouvé aucun acte de mariage concernant le père et la mère ni à Hoënheim ni à Reichstett avant la naissance.
- 5) Je ne suis pas parvenu à déchiffrer la mention en marge de l’acte de baptême ; j’ignore s’il date de la rédaction de l’acte ou s’il a été rajouté lors de celle du texte de protestation ; la comparaison des encres semble néanmoins favorable à la première occurrence.
- 6) La naissance hors-mariage est certaine puisque le nom de la mère n’est pas suivi de la mention « conjugum » d’usage pour les couples mariés et que, comme il l’a fait pour tous les bâtards, le curé KIEFFER indique que les précisions concernant le père désigné proviennent de la sage-femme qui les a obtenus lors des douleurs de l’accouchement ; néanmoins, en marge de l’acte, les prénoms et nom du nouveau-né ne sont pas ici suivis de la marque infamante « illeg. » dont il a gratifié les onze autres enfants naturels ( aucun de père inconnu ) baptisés pendant les 16 années de son ministère.
- 7) Je n’ai trouvé aucun acte ultérieur (décès ou mariage) concernant la mère, le père et l’enfant (sous les deux patronymes Mann et Hünenberger) dans les trois villages de Gerstheim (registres catholique et protestant ), Hoënheim et Reichstett.
- 8) Je n’ai pas su où chercher la suite donnée à la protestation : l’enfant est-il resté Mann ou est-il devenu Hünenberger ?
Il s’en suit que les trois protagonistes de notre histoire ont disparu sans laisser aucune trace…
Interrogations et réflexions…
Au delà du regard amusé que l’on peut porter sur ce texte insolite et anecdotique de déni de paternité, ce document incite à la réflexion ; je vous livre quelques unes de mes interrogations.
- 1) Dans la marge des actes de baptême le curé KIEFFER indique les prénoms et le nom du nouveau-né et ce nom est toujours celui du père désigné par la sage-femme pour les naissances hors-mariage.
Le vicaire faisait donc fi de la reconnaissance de sa paternité par le présumé géniteur et attribuait d’autorité son patronyme au baptisé.
Cette pratique, qui choquerait fort la gent masculine de nos jours, était-elle d’usage courant à cette époque où la société primait sur l’individu et où la religion était la colonne vertébrale de la vie sociale ?
La question est d’importance car elle pose le problème du statut social de l’enfant :
L’inscription sous ce nom sur le registre des baptêmes signifiait-elle reconnaissance du fait par toute la communauté ?
Si oui, qui de la mère ou du père putatif avait autorité sur l’enfant et en était responsable ?
Le père malgré-lui était-il de facto astreint à l’entretien de l’enfant ou bien une décision de justice civile ou religieuse était-elle nécessaire pour le lui imposer ?
- 2) La très probable appartenance des parents à deux religions différentes a sans doute joué un rôle dans notre histoire.
L’amour - dit-on - n’a pas de frontière, mais je m’interroge : que pouvaient faire deux jeunes gens dans cette situation ?
Comment vivre une idylle quand on est piégés entre deux communautés séparées et hostiles, l’une résistant farouchement à l’agressive morgue de l’autre confortée par le soutien affiché du pouvoir royal et toutes deux gardant bien en mémoire les exactions de l’autre camp lors de l’abominable guerre de trente ans (1618-1648) qui vida notre Alsace de près de la moitié de ses habitants ?
Les amours mixtes ont forcément existé ; le mariage était-il toléré ? Si oui, à quelles conditions ? Ou bien fallait-il se résoudre au bannissement et à l’exil ? …
Nous ignorons la motivation du choix d’Anna Maria d’accoucher à Gertstheim, village mixte et éloigné (Strasbourg n’était qu’à 10 km…). Mais les prénoms de son fils méritent notre attention ; lui donner ceux de son père n’est pas anodin : plutôt que d’y voir la vengeance d’une femme délaissée décidée à « faire un enfant dans le dos » à son vil suborneur, j’ai la faiblesse de préférer croire à une fuite de la demoiselle face aux pressions de sa famille et de la société, fuite menée de connivence avec le garçon.
La protestation, imposée par l’entourage du garçon, n’aurait été qu’une diversion de sa part pour gagner du temps face à ses propres pressions familiales.
Hélas, les trois modestes héros de notre histoire ont disparu sans laisser aucune trace et nous resterons donc sur notre faim, sauf si mes lecteurs parviennent à compenser les lacunes de ma laborieuse lecture des textes, y dénichent des détails qui m’auraient échappé ou si, au cours de nos recherches dans les BMS d’autres lieux, un hasard facétieux fait resurgir un acte les concernant.
Comme je suis un incorrigible romantique, il me plaît de rêver que j’apprendrais alors que la cigogne gaffeuse du début de notre récit était devenue très compétente et a assuré des livraisons ultérieures de plein de petits frères et sœurs au bébé Joannes Mickaël.
Messages
1. La cigogne et le curé, 23 octobre 2015, 11:08
Très belle histoire dont on aurait aimé connaître l’issue mais qui jette un éclairage intéressant sur ces querelles de religion qui ont tant fait souffrir en Alsace, mais aussi en France de l’intérieur (je suis du Poitou et ai eu des ancêtres protestants qui ont dû abjurer après la révocation de l’Edit de Nantes).
Jean-Paul Garnaud
2. La cigogne et le curé, 23 octobre 2015, 12:46
Bonjour,
Voici quelques précisions qui vont répondre à vos interrogations.
Après la conquête de l’Alsace par la France, ( traités de Westphalie en 1648) Louis XIV ne pouvant effectuer des dragonnades en Alsace vu que les protestants représentaient au moins 30% de la population survivante à la guerre de 30 ans, imposa diverses obligations aux protestants, dont voici un petit aperçu :
1° tout enfant naturel était obligatoirement baptisé catholique.
2° les mariages mixtes sont interdits et il est interdit aux catholiques de changer de religion . Par conséquent le ou la protestante abjurait officiellement sa religion avant le mariage.
Concernant la paternité proprement dite, les curés et pasteurs inscrivent ce que dit la sage femme avec la phrase magique " dans les douleurs de l’accouchement" ; effectivement de temps à autre le supposé père nie la paternité, parfois même il y a des procès.
Cordialement.
3. La cigogne et le curé, 23 octobre 2015, 17:21, par esbé
Bonjour,
J’ai bien aimé l’histoire de cette pauvre cigogne maladroite.
J’ai vu dans le gard que des actes notariés existaient quelque fois dans ce genre de situation. Par exemple, le garçon coupable d’avoir engrossé une fille s’engageait à verser une certaine somme puis à récupérer et éduquer l’enfant dès que celui-ci serait sevré.
Ca arrivait quand, comme dans votre histoire, la mère désignait le père dans les douleurs.
Les parents de la fille et sans doute le curé devaient mettre une sacrée pression sur le garçon.
Cordialement
4. La cigogne et le curé, 24 octobre 2015, 13:58, par Louis Baudeloche
hors l’anecdote qui pose clairement la cohabitation entre deux religions sœurs ennemies, je remarque l’emploi du latin. L’édit de Villers-Cotteret a plus d’un siècle, l’Alsace était-elle déjà une province à la marge du royaume de France ? (comme l’actuel concordat).
je remonte tous mes actes en français jusqu’en 1600, en pleine campagne du Comté de Nantes, rattaché à la Bretagne, l’emploi du latin dans la banlieue de Strasbourg (10 km ?)m’étonne. Jusqu’à quelle date l’a-t-on employé ?
J’ai résidé à Mulhouse où est née une de mes filles.
1. La cigogne et le curé, 26 octobre 2015, 03:05, par Michel BAUMGARTH
L’entrée du duché de Bretagne dans le giron du royaume de France et celle de L’Alsace ne sont pas du tout comparables
( voir les articles de Wikipédia sur ces thèmes ).
Le duché de Bretagne était une entité parfaitement définie, totalement catholique et l’union était antérieure à l’édit de Villers-Cotterêts.
L’Alsace n’avait pas d’unité politique : elle n’était qu’un conglomérat fort complexe de terres seigneuriales , épiscopales et de villes indépendantes dans la mouvance du Saint Empire romain germanique. A la fin de la guerre de 30 ans( 1618-1848) la moitié de la population avait été décimée. Les protestants représentaient le tiers de la population. Enfin et surtout, l’acquisition des territoires alsaciens ne se fit pas d’un bloc, mais par un très long et continu processus de grignotage ( En 1697,au traité de Ryswick, cinquante ans après le traité de Westphalie qui mis fin à la guerre de 30 ans , seuls 4/5 de l’Alsace étaient Français.
En conséquence,contraint par les termes des traités signés, par l’existence d’une très forte minorité protestante, Louis XIV n’avait pas les coudées franches pour imposer son intransigeance religieuse : la liberté religieuse restait la règle , même si les incitations à la conversion et les pressions étaient permanentes.
En Pratique,les coutumes germaniques de tenue des registres paroissiaux furent maintenues : le latin pour les catholiques et l’allemand pour les protestants.
Cela perdura jusque vers 1792. L’état-civil fut alors retiré aux religieux et confié à l’administration civile.
Ainsi à Friesenheim ( le village de mes aïeux ) les dates des derniers actes en latin dans les registres paroissiaux sont les suivantes : Décès 18/12/1792 -Mariage 27/8/1792 et Baptêmes 23/12/1793.
Ce dernier baptême est postérieur de plus d’un an aux deux autres... Pourquoi ??? Le curé aurait-il continué à noter les baptêmes en parallèle avec l’état-civil officiel ?
A noter que les trois registres sont clos par une déclaration du curé. Cette clôture des registres a-t-elle été imposée par le pouvoir civil ???
Une dernière remarque : le latin utilisé par les curés est souvent fort éloigné du latin classique. J’ai tenté de me faire aidé par un ami agrégé de lettres classiques : je n’ai trop insisté devant son étonnement, pour ne pas dire son allergie manifeste à la prose du curé Kieffer.
Pour être franc, je nourrissais le sérieux espoir qu’un de mes lecteurs vacciné contre le latin d’église se pencherait sur la mention en marge du premier acte et ouvrirait une piste ...
Cordialement
2. La cigogne et le curé, 28 octobre 2015, 09:55, par ott jean marie
les protestants et les catholiques vivaient ensemble sans problème, sauf dans les villages où les catholiques dominaient et voulaient imposer leur religion, et c’est généralement le Prévôt ou le Stabhalter qui tranchait,le latin a été utilisé dans les registres d’église jusqu’à le révolution, voir les archives départementales du Bas Rhin
3. La cigogne et le curé, 28 octobre 2015, 10:01, par ott jean marie
pour ma part j’ai trouvé une petite aide dans le "dictionnaire de latin français" des éditions Bordas, il est assez complet bien qu’il y a des mots utilisé et écrit phonétiquement dont il faut parfois supposer ce qu’ils veulent dire
5. La cigogne et le curé, 25 octobre 2015, 10:36, par esbé
Bonjour,
En relisant l’acte de baptême, je pense que le patronyme de la mère est KUNENBERGER àvec un K (pas un H).
A rapprocher du K de Kieffer.
Cordialement
1. La cigogne et le curé, 26 octobre 2015, 03:02, par Michel BAUMGARTH
Au cours de mes recherches, j’avais envisagé cette possibilité ; mais je n’ai rien trouvé.
Cordialement.
6. Transcription des actes, 28 octobre 2015, 11:24, par Guillaume Lestringant
Voici la transcription du premier acte (je ne mets pas de traduction, il n’y a pas de difficulté particulière).
Hodie vigesimo tertio mensis Aprilis anni millesimi
septingentesimi quinquagesimi quinti a me infrascripto
parocho in Gerstheim baptizatus est Joannes Michaël filius
prout infra signata obstetrix Anna Maria Brohamerin
commorans in Gerstheim ex declaratione matris sibi in
partus doloribus facta nobis sub fide oficii sui retulit
Joannis Michaëlis Mannis oriundi ex Höenen et Anna Maria
Künenbergerin hic transeuntis oriunde ex Reichstætt natus
die mense et anno quibus supra. Patrinus fuit Antonius
Waeter ludimoderator in Gerstheim matrina Francisca
Schmittin filia defuncti Valentini Schmitt et Barbare Walterin olim
conjugum et civium hujatum commorans in hac parochia.
Patrinus una mecum subscripsit matrina vero et obstetrix
declarantes se nescire scribere notam suam fererunt.
La note marginale peut se lire comme suit.
[Pr]otestatio* patris | [co]ntra hunc actum | [es]t in altera | [pa]rte hujus folii | ????? post actum | [se]quentem in | istam.
* Le début ne laisse aucun doute, mais la fin laisse penser à une forme « protestatione » qui serait étrange.
Et voici la transcription du deuxième acte.
En marge : Protestatio
Cum autem supra dictus Joannes Michaël Manns pater infant[is]
designatus dicta matris declarationi ab obstetrice supra nominat[e]
nobis relata per actum die vigesimo quarto mensis Maii anni
millesimi septingentesimi quinquagesimi quinti a domino
Martino Göz apparitore regio significatum, # nullam ei fide[m]
adhibendam esse contenderit, # coram testibus in præfato actu [sic]
inscriptis Joanne Rockenbach et Michaële Rösch incolis in Gersthe[im]
et a me postulaverit, ne tamquam infantis pater insciberetur,
affirmans se falso et injuriose talem declaratum fuisse, seq[??]
id suo tempore coram judice competente probaturum, nos ad
ejus instantiam præsentem ipsius reclamationis seu intercessioni[s]
notam hic apposuimus, jure tamen alieno in omnibus salvo. Datu[m]
die, mense, et anno, quibus supra, in cujus fidem præsentem
actum una cum dictis apparitore, ac testibus subscripsimus.
La principale difficulté de compréhsenion vient du fait que tout le morceau de phrase compris entre le deuxième croisillon et « Gersthe[im] » doit être inséré à la place du premier croisillon. Ceci étant entendu, le texte peut se traduire ainsi.
Comme le susdit Joannes Michaël Mann, désigné comme père d’un nouveau-né par ladite déclaration de la mère, à nous rapportée par la sage-femme sus-nommée, et signifiée [au père] par un acte du 24 mai 1755 [porté] par Martin Göz huissier royal, en présence des témoins inscrits audit acte [à savoir] Joannes Rockenbach et Michaël Rösch habitants de Gerstheim, [le père, donc] a affirmé qu’il ne fallait lui [la mère] prêter aucune foi et a exigé de moi qu’il ne soit pas inscrit comme père de l’enfant, affirmant qu’il avait été faussement et injustement déclaré comme tel, ainsi qu’il le démontrera en temps voulu devant le juge compétent, nous avons à sa demande pris note ici de sa réclamation ou intercession, sans préjudice du droit de quelque tiers que ce soit. Fait les jour, mois et année ci-dessus, en témoignage de quoi nous avons signé le présent acte avec lesdits huissier et témoins.
J’ai donc bien peur que cela ne vous apprenne pas grand chose de plus…
7. La cigogne et le curé, 28 octobre 2015, 12:17, par Jacques GEROME
Bonjour,
Trois petits commentaires, même s’ils ne répondent pas directement à la question.
8. La cigogne et le curé, 28 octobre 2015, 12:22, par Christian VERDIER
Bonjour,
Je me permets de vous envoyer ci-après le déchiffrage et la traduction des 2 documents en question afin de répondre au moins en partie à vous interrogations.
Cordialement
Christian VERDIER
----------------------------
Patronymes : MANNS et KÜNENBERGERin
(page 90)
Hodie vigesimo tertio mensis aprilis anni millesimi
septingentesimi quinquagesimi quinti a me infrascripto
parocho in Gerstheim baptizatus est Joannes Michaël filius / :
prout infrasignata obstetrix Anna Maria Brohamerin
commorans in Gerstheim ex declaratione matris sibi in
partus doloribus facta nobis sub fide officii sui retulit : /
Joannis Michaëlis Manns oriundi ex Hoënen, et Annae Mariae
Künenbergerin hic transeuntis, oriundae ex Reichtaett , natus
die mense et anno quibus supra ; patrinus fuit Antonius
Walter ludimoderator in Gerstheim, matrina Francisca
Schmittin, filia defuncti Valentini Schmitt, et Barbara Walterin olim
conjugum et civium hujatum, commorans in hac parochia ;
patrinus una mecum subscripsit, matrina vero et obstetrice
declarantes se nescire scribere notam suam fecerunt
Ce jour 23 avril 1755 par moi soussigné curé de Gerstheim a été baptisé Jean Michel fils (comme la sage-femme soussignée Anne Marie Brohamer(in) demeurant à Gerstheim nous l’a rapporté sous la foi de son office d’après la déclaration de la mère à elle faite dans les douleurs de l’enfantement ) de Jean Michel Manns originaire de Hoënen (=Hoenheim ?), et d’Anne Marie Künenberger(in) de passage ici, originaire de Reichtett, né les jour, mois et an que dessus ; le parrain a été Antoine Walter maître d’ école de Gerstheim, la marraine Françoise Schmitt(in), fille de défunt Valentin Schmitt et Barbe Walter autrefois mariés et citoyens d’ici, demeurant ( = la marraine ) dans cette paroisse. Le parrain avec moi a soussigné, la marraine et la sage-femme déclarant ne pas savoir écrire ont fait leur marque.
-------------
Marge ( en partie illisible, mais le sens général est clair : la protestation officielle du père déclaré est inscrite au verso de la feuille)
[pro]testati[onem] patris
[–] hunc actu(m)
[—]ex altera
parte hujus folii
[—]iata post actu(m)
sequentem in-
scriptam
[pro]testation du père ---cet acte sur l’autre côté de la feuille – inscrite après l’acte suivant .
(page 91)
Cum autem supra dictus Joannes Michaël Manns, parter infantis
designatus, dictae matris declaratione ab obstetrice supra nominata
nobis relata per actum die vigesimo quarto mensis maii anni
millesimi septingentesimi quinquagesimi quinti a domino
Martino Göz apparitore regio significatum # nullam ei fidem
adhibendam esse contenderit # coram testibus in praefato actu
inscriptis Joanne Rockenbach, et Michaële Rösch incolis in Garstheim
et a me postulaverit ne tanquam infantis pater inscriberetur
affirmans se falso et injuriose talem declaratum fuisse, seque
in suo tempore coram judice competentem probaturum, nos ad
ejus instantiam praesentem ipsius reclamationis seu interrogationis
notam hic apposuimus, jure tamen alieno in omnibus salvo datum
die, mense, et anno, quibus supra, in cujus fidem praesentem
actum una cum dictis apparitore ac testibus subscripsimus.
Comme le susdit Jean Michel Manns, père désigné de l’enfant d’après la déclaration de ladite mère rapportée à nous rapportée par la sage-femme susnommée, par un acte du 24 mai 1755 qui nous a été signifié par Marin Göz appariteur royal a prétendu ( devant les témoins inscrits dans le susdit acte Jean Rockenbach et Michel Rösch habitants de Garstheim) qu’il ne fallait lui accorder aucune foi, et qu’il m’a demandé de ne pas être inscrit en tant que père de l’enfant affirmant qu’il avait été faussement et calomnieusement déclaré tel, et qu’ en son temps il en ferait la preuve devant un juge compétent, nous avons sur son instance placé ici la présente mention de sa réclamation ou demande, restant sauf cependant le droit d’autrui en toute chose. Donné le jour, mois et an que dessus ; en foi de quoi nous avons soussigné le présent acte avec les susdits appariteur et témoins.
9. La cigogne et le curé, 29 octobre 2015, 15:39, par Michel BAUMGARTH
Un grand merci à Guillaume LESTRINGANT et Christian VERDIER pour leurs transcriptions et traductions.
D’abord il semble se confirmer que le patronyme est bien Künenberger pour la demoiselle et peut-être Manns au lieu de Mann pour le garçon.
Ensuite, il y a lieu de noter que la mention en marge a été rajoutée au moment de la protestation.
À la lumière de ces textes correctement traduits, faisons le point, car je persiste à croire que ce texte n’est pas du tout banal :
Il s’agit de l’accouchement hors mariage d’une femme ou jeune fille, voire même une très jeune fille car je n’ai pas retrouvé son acte de naissance à Reichstett dont elle est censée être native ( je suis remonté de 1745 à 1725 donc de 10 ans (sic) à 30 ans ). ( je n’ai pas encore recherché l’acte de baptême du garçon à Hoënheim et j’ignore donc son âge ).
Il a lieu à Gerstheim à 40 Km du lieu de résidence de la parturiente ( elle est " de passage") ; elle est apparemment isolée ( le parrain est l’instituteur de Gerstheim et la marraine est aussi gerstheimoise).
La mention en marge étant postérieure, la seule originalité de l’acte de baptême est donc que l’accouchée est étrangère au village.
Mais, le 25 mai , soit 33 jours plus tard , une délégation composée du greffier royal Martin Götz et de deux témoins habitants Gerstheim est expédiée à Hoënheim à 40 km de là,
pour demander des comptes à Joannés Mickaêl Mann, le père désigné qui réfute sa responsabilité et émet sa protestation.
Voilà qui n’est plus du tout banal : cette démarche implique soit une plainte déposée par la mère ou le père de celle-ci, soit une anomalie majeure contrevenant aux moeurs et usages en cours ( très jeune âge de la mère ? incidence religieuse ?...) déclenchant une réaction de l’autorité civile.
Il est étonnant que le curé de Reichtett soit inexistant dans cette procédure...
Il serait intéressant de connaître les usages habituels en cas de déni de paternité pour comparer avec ce cas.
A suivre donc...
1. La cigogne et le curé, 31 octobre 2015, 18:29, par ott jean marie
l’énigme reste entière, j’ai recherché aussi dans les Kuhn, puisque souvent on rajoutait un plus au nom pour le différencier, elle passai dans le village pour aller où ? , était elle une saisonnière ? , elle accoucha en accusant Manns d’en être le père ce que j’ai aussi déjà retrouvé dans un acte à Ottrott, elle devait être catholique puisque aucune mention n’est faite sur sa religion comme je l’ai aussi déjà rencontré ou la sage femme présenta un nouveau né a l’église catholique ses parents étant luthériens...amicalement
2. La cigogne et le curé, 20 novembre 2015, 08:45, par Agnès HECTOR
Bonjour,
Effectivement un grand merci à Guillaume LESTRINGANT et Christian VERDIER car je ne parviens pas à lire le latin.
J’ai un cas approchant d’un enfant naturel en Alsace en 1780 dans mon arbre généalogique et voici le résultat de mes recherches :
1°) - La réforme a eu pour conséquence de répandre largement le protestantisme. La population devait adopter la même religion que son seigneur et beaucoup étaient luthériens.
Ceci a entraîné schématiquement la création de deux sortes de registres avant la révolution et la naissance de l’état civil. Les registres catholiques qui ont continué à être écrit en latin vulgaire après le rattachement au royaume de Louis XIV.
Rappel : en France depuis l’édit de Villers Cotterets (1539) pris par François 1er les actes devaient être rédigés en français et non en latin.
Les registres luthériens eux, sont dressés en allemand (gothique). Louis XIV le tolère en Alsace suite au traité de Westphalie.
2°) Les enfants naturels doivent être baptisés catholique même si la mère est protestante, car le droit d’être luthérien est considéré comme un avantage personnel qui s’hérite du père. Donc : pas de père, pas de droit à être protestant. L’enfant naturel né dans le royaume de France est baptisé dans la religion de son roi.
C’est le cas dans mon arbre généalogique où la mère protestante (j’ai réussi à remonter assez loin au-dessus d’elle) a accouché dans son village, mais la sage-femme a transporté l’enfant à plus de 10km pour le faire baptiser dans un village catholique (acte en latin donc). Fort heureusement pour mes recherches à l’époque, le curé dans ce cas fait également déclarer par la sage-femme les détails relatifs à la mère qu’il ne connaît pas et dont il ne connaît pas la famille, et au père (dans mon cas, un berger en transhumance... avec un nom très courant... donc ma lignée de son côté s’arrête là !) déclarés par la mère "dans les douleurs de l’enfantement". Procédure usuelle donc.
3°) Depuis très longtemps, les mères naturelles devaient déclarer qu’elles étaient enceintes afin d’éviter un infanticide. Piste à suivre dans votre cas.
J’ignorais en revanche que des poursuites étaient ensuite effectuées, vraisemblablement sur dénonciation du curé pour rechercher le père ; cela m’ouvre une piste dans mon cas.
Reste à savoir où trouver les traces de ce type de procédure... (si quelqu’un le sait, merci de l’indiquer).
Dans votre cas, le coût de l’huissier pour la dénégation de paternité n’a pas dû être négligeable ; la mère étant à 40km de son lieu d’origine (qui n’est pas forcément son lieu de naissance, vous l’avez constaté), on peut penser qu’il s’agissait d’une domestique ; vu le coût de l’acte, on peut imaginer que le père était l’employeur ... bien plus aisé et sachant se défendre juridiquement ! Malheureusement, on n’a pas connaissance de leurs professions... Il faut savoir que la fausse déclaration de paternité était un délit sévèrement réprimé, il y a peu de chance que la mère n’ait pas dit la vérité... La dénégation du père ne me convainc pas vous l’aurez compris.
Cordialement,